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© Bertrand Roussel, 2003 |
par Claude Lafille Au
16ème siècle, au moment de la conquête espagnole (chute
de lempire Aztèque avec la prise de Tenochtitlan = 1521),
les conquistadors, les religieux qui les accompagnaient ou ceux qui parcoururent
le Mexique méridional rapportèrent que les populations locales
utilisaient des champignons aux propriétés "énivrantes"
au cours de cérémonies rituelles. Ils décrivaient
lapparition, sous leffet de ces champignons absorbés
crus, frais ou secs, de sortes de rêves colorés, de crises
dhilarité, dexcitation, de "visions démoniaques",
de phases de torpeur. Des personnages, sortes de chamanes, tiraient profit
des états obtenus pour prédire lavenir, retrouver
la cachette dobjets volés ou comprendre des états
pathologiques en vue de prévoir leur évolution et leur traitement.
Ces champignons, agents de communication avec le monde divin, et associés
aussi aux cérémonies sacrificielles, étaient désignés
par les Aztèques, dans leur langue le Nahuatl, sous le nom de Teonanacatl,
généralement traduit par "Chair de Dieu". Au 20ème siècle,
la persistance au Mexique de rites à base de champignons est confirmée
par V. Reko, un autrichien, puis par un botaniste, R. E. Schultes
qui se procure des échantillons et les détermine. Dans les
années 1950, les connaissances progressent rapidement sous limpulsion
dun ethnologue américain, R. Gordon Wasson (1898-1986),
de son épouse et dautres spécialistes quil associe
à ses recherches, notamment le mycologue Roger Heim et le chimiste
Albert Hoffmann.
Deux
principes actifs sont rapidement identifiés par A. Hoffmann et
leur structure confirmée par synthèse totale : La psilocybine,
4-phosphoryloxydiméthyl tryptamine et la psilocine, son dérivé
déphosphorylé 4-hydroxydiméthyl tryptamine, forme
active. Plus tard, un autre dérivé actif, la baeocystine
est caractérisée comme étant la 4-hydroxymonométhyl
tryptamine. En raison de leurs effets et de lanalogie structurale
avec la sérotonine (5-hydroxy tryptamine), médiateur chimique
de certains neurones cérébraux, ces dérivés
ont suscité à lépoque un grand intérêt
auprès des pharmacologues, des psychopharmacologues et de la psychiatrie.
Les reviviscences dévènements
passés, oubliés ou refoulés et qui simposent
sous laction du produit, en même temps quune levée
des inhibitions et du contrôle de soi, lapparition de phénomènes
hallucinatoires, faisaient espérer des avancées dans le
domaine de la connaissance du cerveau et de la thérapeutique, dautant
que A. Hoffmann venait de reconnaître des propriétés
identiques à un composé voisin, quoique plus complexe, le
LSD 25. La recherche des relations entre structure et activité
de nombreux dérivés fut également entreprise. Cette
recherche savéra plutôt décevante et rapidement
polluée par lengouement de la part dusagers à
la recherche détats les conduisant vers de soi-disant paradis
artificiels dans des voyages (pas
toujours faciles) les éloignant de la réalité. Lanalogie
avec les effets du Peyotl (et de son principe actif, la mescaline), lui-même
instrument de culte dans des régions plus sèches du nord
du Mexique ou de lOloliuqui, un autre agent dorigine végétal
utilisé à la place de champignons renforcait encore lintérêt
des chercheurs.
De nos jours, il nexiste à notre connaissance plus de rituels utilisant des champignons à psilocybine au Mexique et la place quils jouaient précisément au sein des différents peuples et civilisations qui ont construit ce pays restera sans doute à jamais imprécise . De tels champignons à psilocybine ont été mis en évidence dans toutes les régions du monde et ils continuent dattirer certains usagers. On sait dailleurs en cultiver certains et on trouve même des brevets les concernant. En raison de leur usage en tant que drogue, leur détention, leur transport, leur vente sont interdits et réprimés dans la plupart des pays dont la France, où le seul psilocybe actif est P. semilanceata.
Larrêté
du 22 février 1990 classe comme "stupéfiants" : -
DET, DMT, LSD, mescaline, psilocine et psilocybine (annexe III) - acide
lysergique et ses dérivés (annexe III) -champignons hallucinogènes,
notamment des genres Stropharia, Conocybe et Psilocybe (annexe IV)
Quelques
références de base :
Siège
social : Institut de Botanique, 163, rue Auguste Broussonnet, 34000 Montpellier. |