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© Bertrand Roussel,
2003
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Le
monde sautillant des taupins
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par Michel Emerit
Les Elatérides tout comme les buprestes, sont une grande famille
très homogène, qui comprend 7000 espèces mondiales,
dont 300 espèces vivent en Europe occidentale et environ 170 en
France. Le corps de l'adulte a une allure compacte caractéristique
(fig.1)
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Figure 1 - Agriotes
lineatus L. (d'après Balachowski et Mesnil)
p: prosternum et son apophyse (en pointillés), m : mésosternum
et sa fossette (en blanc) M : métasternum (en noir)
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Il
est ovale, aplati et sans étranglements latéraux entre tête,
thorax et abdomen; ventralement, les sternites thoraciques empiètent
largement sur l'abdomen. le prosternum est articulé de façon
souple par rapport au mésosternum et forme une pointe qui s'insère
dans une fossette de ce dernier. Ces deux parties sont reliées
entre elles par des muscles très puissants. A l'arrière
du mésosternum, le métasternum forme deux grandes plaques
qui portent les pattes postérieures, lesquelles semblent ainsi
sortir du milieu de l'abdomen. Les pattes du taupin sont courtes et ne
lui permettent pas de se remettre à l'endroit quand il est sur
le dos: aussi, il s'en sort autrement: Il s'arqueboute sur lui-même
en se cambrant fortement en arrière, puis se cambre subitement
dans l'autre sens (fig. 4) ; c'est l'impact de son apophyse prosternale,
frappant la cavité mésosternale à la manière
d'un percuteur, qui produit un bruit sec et projette par contrecoup l'animal
en l'air, lui permettant de revenir sur ses pieds. Cette détente
procure une sensation curieuse quand on presse un taupin entre le pouce
et l'index. Ce claquement sec que les Elatérides émettent
en se détendant a été comparé au bruit des
mineurs, nommés "taupins", qui sapaient les remparts
des villes assiégées. Pour cette raison, on leur a donné
ce nom, ainsi que ceux de "forgerons", "maréchaux",
"sauterillots","toques-maillot" ou "tape-tape"...
Rien à voir avec les taupins des grandes écoles, qui se
détendent tout autrement !
Les adultes sont phytophages et vivent sur les arbres, les fleurs, les
plantes herbacées et aussi sous les pierres. Les larves sont allongées,
avec une peau cornée brillante jaunâtre trés chitinisée.
En raison de leur aspect caractéristique, elles ont été
nommées "vers fil de fer" (fig.2). La plupart sont cylindriques;
certaines toutefois, comme celles des Lacon ou des Corymbites
sont aplaties. Celles des Cardiophorus sont trés allongées
et restent molles. Les larves de taupins sont surtout phytophages.
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Figure 2 - Larves
d'Elatérides. En haut : Elater ; en bas :
Cardiophorus (la tête des larves est à droite)
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En général, elles peuvent vivre en litière, dans
des bois pourris ou des trous d'arbre, où elles consomment des
matières végétales plus ou moins décomposées;
mais cela ne leur suffit pas, et elles deviennent alors carnassières
(comme d'ailleurs certains adultes) et s'attaquent par exemple à
des larves vivantes d'insectes xylophages. Certaines sont même strictement
carnivores comme celles de Selatosomus bipustulatus L. qui vit
dans des lichens. D'autres larves de taupins vivent en terre et attaquent
les parties souterraines des plantes ; ce sont celles-là qui
peuvent être nuisibles à l'agriculture. En période
de sécheresse, ces larves affamées et assoifées attaquent
en nombre les racines et le collet des plantes. Les Agriotes, (fig.1)
représentés en France par une dizaine d'espèces dont
quatre sont particulièrement nuisibles. Chez ce genre, les adultes,
après un hivernage dans le sol, sortent subitement en surface,
mais s'enterrent à nouveau ou s'abritent à l'ombre en période
de canicule. Les femelles fécondées s'enterrent aussi superficiellement
pour pondre. La larve, d'abord détriticole, s'attaque ensuite à
des tubercules de pomme de terre ou des racines ; l'organe enterré
est miné de part en part par des galeries droites qui s'ouvrent
à l'extérieur par un large orifice. Le développement
larvaire dure quatre ans; la métamorphose se fait alors, mais l'adulte
ne sort de sa loge qu'au printemps de la cinquième année
(fig. 3) .
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Figure
3 - Cycle quinquennal des Agriotes (d'après Balachowski
et Mesnil).
En hachuré, importance des dégâts commis.
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Pendant toute la vie larvaire, les dégâts sont considérables
dans les champs de carottes, de betteraves ou de pommes de terre, et dans
les plantations de céréales. Les larves de taupins prolifèrent
souvent de façon spectaculaire : Aux Etats-Unis, on a pu en
dénombrer jusqu'à 2000 par mètre carré !
Les adultes de certains taupins hivernent sous les écorces d'arbre.
Nous avons ainsi récolté Cardiophorus rufipes sur
les platanes de l'Hérault. Les nuits d'été ils sont
souvent attirés par les lumières (comme Melanotus rufipes),
et il y en a même dans les régions tropicales, qui sont eux-même
lumineux, à des fins d'attraction sexuelle ! Les "Cucujos"
ou "Coyouyous" d'Amérique tropicale (Pyrophorus
noctilucus) (fig. 4) se comportent à cet effet comme de
véritables vers luisants et peuvent servir de lanterne ou de parure
(voir
l'encart : Des taupins lumineux) ! C'est sur cette note "lumineuse"
que nous quitterons le monde sautillant des taupins.
Figure
4 - Le "Cucuyo" ou pyrophore lumineux du Mexique. A gauche :
adultes (d'après Blanchard, modifié). o : organe lumineux
pair; a: organe lumineux abdominal impair. A droite : pyrophore en
action, posé sur une feuille (d'après Wigglesworth)
Bibliographie
citée :
AGUILAR J.d', 1956 - Insectes lumineux, Naturalia, juin : 8-13.
BALACHOWSKI A.,MESNIL L.,1935 - Les insectes nuisibles aux plantes
cultivées. Paris
BLANCHARD E.,1877 - Métamorphoses, moeurs et instincts des insectes.
DUBOIS R.,1886 - Contribution à l'étude de la production
de la lumière par les
êtres vivants. Les Elatérides lumineux. Bull. Soc. zool. Fr.,11
:1-275.
GAETAN DU CHATENET,2000 - (op.cit.)
GIRARD M.,1766 - Mem.Acad.roy.Sci. (cf. J. D'Aguilar)
MOUFET,1634 - Insectarum sive minorum animalium theatrum (cf. J. D'Aguilar)
X.- Insectes d'Europe. in: Encyclopédie Horvath, S.F.L.,
Paris
WIGGLESWORTH V.B., 1970 - La vie des insectes, in La Grande Encyclopédie
de
la Nature, Rencontre ed., Lausanne.
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